Ferblantier d'art

Gilles

Mon parcours professionnel, ma philosophie

Né à Winterthur, en Suisse, en 1959, c'est bien fortuitement que j'ai découvert, voilà 45 ans, le métier de ferblantier.

Arrivant à la fin de ma scolarité obligatoire et ne sachant pas au juste quelle voie prendre, j'entre un jour dans l'atelier d'une petite entreprise lausannoise de ferblanterie, couverture et installations sanitaires, située sur le chemin de l'école... Je n'ai alors jamais côtoyé le moindre morceau de tôle et ignore tout de la profession.

L'apprentissage commencé, je ressens tout de suite une admiration pour les tons éclatants ou patinés du cuivre, de l'étain, du zinc, du plomb, des aciers, et pour les formes qu'on peut donner à ces métaux. Rapidement, j'ai l'impression que c'est comme si c'était en moi. Ce sentiment ne me quittera plus.

Mais cet amour du métal ne saurait s'arrêter à sa simple vue. La ferblanterie consiste à l'utiliser uniquement en faibles épaisseurs, dans le but de former des volumes géométriques à partir de surfaces; c'est ce qui la distingue de la ferronnerie ou de la forge. Il faut alors apprendre à découper à la cisaille à main en suivant méticuleusement un trait, à plier, riveter, souder, repousser, marteler, avec les bons outils et les machines. Mais aussi, par maladresse, fondre, casser, se couper... Et tout cela suppose de bonnes connaissances théoriques et physiques, auxquelles peuvent se joindre avantageusement d'autres, plus rares et cosmologiques: le cuivre est lié à Vénus, le fer à Mars; le cube à la terre, la sphère à l'eau...

Habituellement, le ferblantier, avec le couvreur, assure l'étanchéité et l'esthétique de la toiture en posant divers éléments tels que les chéneaux, lucarnes, placages de surfaces, garnitures et autres recouvrements de protection souvent préparés sur mesure.

Mais j'ai toujours préféré utiliser mes mains et mon imagination pour créer en atelier. Est-ce mon amour de la nature, ou d'être né de parents musiciens et d'écouter Mozart, Chopin, Rachmaninoff? Toujours est-il que je me réjouis de l'harmonie des formes et de la beauté des couleurs et des matières, qui m'apparaissent comme autant de valeurs esthétiques, éthiques et ludiques à la fois. Et qui sont, de ce point de vue, aussi nécessaires à notre bien-être qu'autre chose!

Les années ont passé. Prendre pleinement conscience de tout cela m'a pris beaucoup de temps. Mais la passion est intacte. Et la partager reste mon désir le plus cher.

 

Gilles Vivian, maître ferblantier 

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